Chaud "à l'ancienne": (5/6): se chauffer par contact

Un article du low-tech magazine partagé sur la plateforme SlowHeat avec l'autorisation de son auteur Kris De Decker. Traduit par: Benoît Bride


NDLR: L'article est truffé d'exemple historiques. Notons que s'il fait l'éloge d'une conception du chauffage "à l'ancienne", car elle est plus profitable et performante, il ne souhaite pas pour autant revenir à l'époque du feu ouvert et des charbons ardents. Notre savoir faire et nos connaissances peuvent nous permettre d'allier ces concepts à de l'innovation désirable. N'oublions jamais que de toute l'histoire de l'Homme, à quelques exceptions, il n'y a que nos générations qui ont imaginé maintenir un climat de 22°C en plein hiver dans tous les espaces construits. Si on se scandalise avec raison des stades climatisés du Qatar peut-être est-il temps que nos sociétés fassent également leur introspection.

Les chauffages conductifs

Historiquement, les chauffages a priori radiatifs transféraient aussi de la chaleur par conduction, améliorant ainsi leur efficacité et le confort thermique. Il y a plus de 3000 ans, les chinois et les coréens inventèrent un système de chauffage basé sur le piégeage de fumées dans une masse thermique. Le “kang” (lit chauffé) du nord de la Chine était constitué d’une plate-forme de briques, de pierres ou de maçonnerie occupant près de la moitié de la chambre. Comme son nom l’indique, le kang était d’abord un lit chauffé, mais la plate-forme était également utilisée en journée comme un lieu de vie et de travail. Le “dikang” (plancher chauffé), qui était typique dans le nord-est de la chine, fonctionnait de la même façon que le kang, mais sur une surface plus importante.


Un kang chinois. Source: Wandering in Northern China, Harry A. Franck.

Les coréens utilisaient le “ondol” (pierre chauffée), formé d’une plate-forme adossée à un mur. Pour l’ensemble de ces installations, la chaleur du foyer ouvert passait d’abord sous la plate-forme avant de rejoindre la cheminée de l’autre côté de la pièce. Le foyer et la cheminée pouvaient être dans la même pièce ou dans une autre. La chaleur des fumées était transférée à la masse thermique de la plate-forme, et elle était relarguée progressivement dans l’air de la pièce. La conduction prenait une part aussi importante que la radiation dans le transfert total de chaleur.

Blick in eine Schwarzwaldstube mit kleinem Mädchen auf der Ofenbank, peinture de Georg Saal, 1861.

Ces anciens systèmes de chauffage nous rappellent un peu les poêles de masse européens qui apparurent au moyen âge. Les poêles de masse brûlent le bois à très haute température au sein d’une importante masse thermique, ce qui est plus propre et plus efficace. Les fumées sont guidées dans un labyrinthe de canaux, transférant ainsi la majeure partie de leur énergie avant de sortir par la cheminée.

Les poêles de masse émettent la majeure partie de leur chaleur via la radiation, mais en plus de cela ils permettent le transfert de chaleur par conduction, puisqu’ils ont fréquemment une plate-forme maçonnée pour s’asseoir ou dormir dessus. Dans le cas où cette plate-forme n’existait pas, on pouvait placer des bancs contre le poêle pour venir s’appuyer contre les surfaces tièdes.


Sources :

  • Stralingsverwarming: Gezonde Warmte met Minder Energie, Kris De Decker, 2015