La douche froide : piano ma non troppo


La douche froide est censée présenter de nombreux effets positifs pour la santé (voir le billet de Grégoire fin septembre). Personnellement, c’est l’idée d’économie d’énergie qui m’a motivé à essayer cet été.


A ce stade je ne vois pas d’impact sur ma santé (mais je suis plutôt en bonne forme au départ). Par contre, j’ai acquis une certaine expertise sur « comment ne pas vivre ça comme une torture ».


Car oui, subir d’un coup une douche d’eau à moins de 15°C, c’est une torture. On verra si avec le temps ça devient moins difficile, mais pour moi quelques semaines n’ont pas suffi à rendre ça agréable. Et puis, comme le mentionne Grégoire, c’est potentiellement dangereux au niveau cardiaque.


Mon truc pour rendre l’expérience plus facile : y aller progressivement. Comme les nageurs qui se mouillent les poignets et la nuque avant de plonger. Alors voici ma routine :

  1. Commencer par les extrémités : j’utilise la pomme de douche pour mouiller un pied, puis remonter le long de la jambe jusqu’à la cuisse. Puis l’autre pied. Puis les mains en remontant jusqu’aux bras. Cela en veillant à ne pas mouiller le torse/ventre/épaules (ma zone sensible).

  2. Puis la tête : est-ce parce que les cheveux font isolant ? en tous les cas je n’ai pas trop de difficultés à me mouiller la tête… pour autant que je sois penché en avant, de façon à ce que l’eau ne coule pas sur mon torse ou mon dos.

  3. Enfin le reste : ce n’est qu’une fois ces opérations effectuées, que j’ose me redresser et diriger le jet d’eau sur le haut du corps.

  4. Se savonner : en coupant l’eau, évidemment, et en frictionnant vigoureusement pour réchauffer un peu. Il ne s’agit pas tellement de chauffer la peau, plutôt de bouger pour activer son métabolisme.

  5. Puis recommencer, dans le même ordre.

  6. FAIRE VITE: l’opération « se mouiller » ou « se rincer » ne me prennent chacune qu’une minute environ, un peu plus lorsqu’il s’agit d’enlever le shampoing. Pas question de traîner sous l’eau. L‘objectif est uniquement d’être mouillé, il n’est donc pas nécessaire de s’attarder.

En passant, j’ai aussi remarqué que c’est plus facile pour moi le matin ou en journée que le soir. Un effet de la fatigue peut-être ? Et puis je ne vois pas trop l’intérêt du « coup de fouet » que constitue la douche froide juste avant d’aller dormir.


Quelle pourrait-être la base scientifique derrière ce « protocole » auquel je suis arrivé intuitivement ? Ce n’est qu’une hypothèse, mais je pense que deux principes sont en jeu :

  1. Le principe de vasoconstriction me semble devoir intervenir. C’est un phénomène bien connu : lorsque la peau est soumise à du froid, les vaisseaux sanguins de surface vont se contracter, le flux sanguin va donc se réduire dans la peau, l’échange de chaleur entre l’intérieur du corps et l’extérieur sera réduit, rendant la sensation de froid moins intense. Ce processus prend un petit peu de temps. Cela qui expliquerait que je ne puisse pas d’emblée mouiller l’ensemble de mon corps, mais que j’y arrive à la fin de ma routine. Mais pourquoi mouiller mes bras et jambes m’aiderait à supporter le froid sur le reste de mon corps ? Parce qu’on peut tricher avec son cerveau.

  2. En créant une sensation de froid sur une zone particulière du corps, on déclenche une réaction locale, mais aussi dans tous le corps. C’est un mécanisme qui est utilisé par exemple par la société Embr-Wave qui développe un bracelet chauffant/refroidissant, capable de faire croire au cerveau qu’il est exposé à un environnement plus chaud ou froid que la réalité. Difficile de savoir si ça fonctionne dans la durée, mais sur les quelques minutes de ma douche… ça marche.

Résultat ? une économie de chauffage, mais aussi d’eau.


Une rapide estimation : si une douche dure 5 minutes pour une eau à 37°c, avec un débit de 6 litres par minutes, et une eau de distribution au départ à 15°c cela représente 5*6=30 litres, à multiplier par 37-15=22° et 1,162 Wh/litre, soit 766 Wh par douche, ou 0,77 KWh. C’est un minimum, puisqu’on ne compte pas les pertes au niveau de la chaudière, du stockage, etc., et que la quantité d’eau considérée est un minimum. Au prix indicatif du gaz aujourd’hui (0,06€/kWh), c’est donc 0,05€ la douche


Pour l’eau, l’économie financière est moindre : 2 minutes au lieu de 5, cela fait 3*10=30 litres économisés. Vu le prix de l’eau, on ne parle que de 30*0,004=0,12 € par douche.


Mais si les prix maintiennent leur croissance, le prix du gaz dans nos factures devrait atteindre des sommets (0,18€/Kwh) soit 0,15€ par douche. Dans la réalité, en comptant les pertes, le coût de l'eau, le lancement de la chaudière et une température agréable de 40°C pendant 7-8 minutes, on sera proche des 0,50€ par douche (comme au camping !). Un couple avec deux enfants qui prendrait des douches chaque jour arriverait à une facture annuelle, juste pour les douches, de 700€ !!


De quoi se motiver un peu pour essayer.