Qu’est-ce qu’une pratique ? Sens commun, théories et applications empiriques

Depuis plusieurs mois, à force d’explorations expérimentales et d’investigations plus théoriques avec SlowHeat, nous avons commencé à parler de pratique. La pratique est un nom commun régulièrement utilisé dans le langage courant, mais il s’agit également d’un concept[1]scientifique.


Comment les distinguer l’un de l’autre et à quoi faisons-nous référence dans SlowHeat ?


Si on se rapporte au dictionnaire le Robert, la pratique a deux définitions :

  • Activités volontaires visant des résultats concrets (opposé à théorie). Dans la pratique dans la vie, en réalité.

  • Manière concrète d'exercer une activité (opposé à règle, principe). La pratique d'un sport, d'une langue étrangère, d'un art.

Dans le langage scientifique, la pratique est une unité d’analyse au cœur d’un courant de recherche appelé « théories des pratiques sociales[2] ». Au sein de ce courant, le concept de pratique fait écho aux deux définitions du dictionnaire. Un premier auteur réputé de ce courant, Schatzki (1996), décrit la pratique sous deux sens distincts. Une première définition de la pratique s’incarne dans le « "faire", l'activité réelle ou l'énergie, au cœur de l'action. (...) un évènement qui prend la forme d'une performance et d'une réalisation incessante »[3] (1996, p. 90). Il s’agit donc d’une action comme par exemple le fait de mélanger dans la casserole est une action de cuisiner.


Le second sens que donne Schatzki est plus complexe. Il définit en effet la pratique comme un ensemble de dires et de faires. Ces pratiques sont toujours identifiées sous forme d’un verbe actif : manger, écrire, cuisiner, prendre soin de soin tout comme se chauffer sont des exemples de pratiques au sens conceptuel du terme. Reckwitz (2002), un autre auteur de ce courant de recherche, ajoute qu’une pratique peut être vue comme un "bloc" dont l'existence dépend nécessairement de l'existence et de l'interconnexion spécifique d’éléments, et qui ne peut être réduit à aucun de ces éléments isolés » [4] (p.249-250). En effet, lire, par exemple, nécessite obligatoirement la présence d’un ensemble d’éléments : des compétences (l’apprentissage de la lecture), des règles institutionnelles (l’orthographe et la grammaire, mais aussi le fait de lire de gauche à droite), les dispositions matérielles (pour lire, il faut… un livre, ou à tout le moins un support sur lequel lire) et des émotions (avoir le goût de la lecture ou la valorisation sociale existante autour de la lecture). Ainsi, toutes ces composantes sont nécessaires pour que la pratique ait lieu... il ne peut en manquer aucune sans quoi la pratique de la lecture ne peut se dérouler.

Néanmoins, il faut préciser que certaines composantes peuvent être considérées comme des leviers favorisant la pratique ou, au contraire, comme des freins. La présence de ces différentes composantes ne garantit donc pas la réalisation de la pratique. En effet, pour que la pratique puisse se dérouler, il faut que toutes les composantes soient favorables à la réalisation de la pratique étudiée. Le tableau ci-dessous résume les grands leviers et les grands freins pour chacune des composantes concernant la pratique étudiée à savoir « se chauffer à basse température (e.g.:16° C) l’hiver ».