C’est un conseil qui ressort à chaque canicule : préférez les boissons chaudes aux boissons froides. Avec des explications parfois tarabiscotées ou franchement farfelues. 

La logique discutable de la boisson chaude 

On lit souvent que boire chaud favorise la transpiration et donc le rafraîchissement du corps…. 

En première approche, cela semble plutôt idiot :  Dans la mesure où la transpiration est une réaction du corps à un stress thermique, favoriser la transpiration est le signe que l’on a augmenté le stress en question. Or notre but était de soulager notre corps, pas de le stresser encore plus. A un moment, il faut revenir à la thermodynamique. Si votre boisson est plus chaude que votre corps, elle va avoir tendance à échauffer celui-ci, et donc déclencher ses mécanismes de thermorégulation déjà bien occupés par ailleurs. Au risque, s’ils sont saturés, d’aller vers l’hyperthermie. 

Oui, mais les touareg boivent du thé brûlant me dira-t-on… Oui, peut-être. Et cela peut-être pour plein de raisons autres que thermique (trait culturel, accoutumance, besoin de faire bouillir l’eau pour la purifier, …). Ca n’en fait donc ni une bonne idée a priori, ni une preuve solide. 

Tea in Sahara, Houhou, CC BY-SA 4.0 https://creativecommons.org/licenses/by-sa/4.0, via Wikimedia Commons

En seconde approche, si on se prétend un peu rigoureux, il faut critiquer notre critique. La quantité de thé ou café bue est limitée. Donc même si c’est un liquide chaud, l’apport thermique sera faible. En fait,  la réaction de sudation est enclenchée sans passer par une élévation de la température globale du corps. Nous avons des thermorécepteurs au niveau des viscères, qui seront activés par l’ingestion de la boisson chaude, et enverront un signal au cerveau déclenchant les mécanismes de thermorégulation. Donc, cela peut marcher. 

MAIS… ce n’est pas transpirer qui vous rafraichit, c’est l’évaporation consécutive de l’eau sur la surface de la peau. Ne serait-il donc pas plus simple de s’humidifier la peau avec un brumisateur ou un linge humide plutôt que de compter sur la transpiration ? Car celle-ci ne fait pas que vous rafraichir : elle vous déshydrate. Ce qui est évidemment la dernière des choses à faire en canicule !   

L’idée de boire chaud pour déclencher des mécanismes de thermorégulation peut donc avoir un fond expliquable, mais ne semble pas pour autant une grande idée. Mais alors, faut-il préférer les boissons glacées ? Pas si vite.

Thé glacé, Arnaud 25, CC BY-SA 4.0 https://creativecommons.org/licenses/by-sa/4.0, via Wikimedia Commons

Faut-il boire tiède ou froid ? 

Boire froid ne serait pas forcément préférable : on lit un peu partout sur le net que l’ingestion d’une boisson froide provoque également un signal au cerveau, au départ des thermorécepteurs présents au niveau du système digestif, qui limiterait en retour la production de sueur. Bon, a priori ça se tient tout autant que pour la boisson chaude : notre cerveau n’est pas toujours doué pour traiter des signaux opposés venant de parties différentes du corps, ici un signal de froid venant des viscères opposé à un signal chaud venant de la peau. Suivant cette logique, on devrait privilégier des boissons tempérées. Mais de nouveau, la thermodynamique : l’ingestion d’un liquide froid, probablement en plus grande quantité qu’un ristretto, aura probablement permis une réduction du contenu énergétique du bol alimentaire, et cette fraicheur sera vite distribuée dans le corps par le système sanguin….  Alors quoi ? L’effet refroidissant surpasse-t-il la réduction de transpiration ? Plongeons dans la littérature scientifique, nous y trouverons facilement la réponse, non ?

Ben non.

A notre grande surprise, pas grand-chose à lire sur le sujet. En tous les cas, pas grand-chose d’évident dans le temps que nous avons pu consacrer à cet article. On ne prétend pas avoir tout lu.

Quelques éléments saillants néanmoins

L’effet de réduction de la transpiration liée à la boisson fraiche est bien mentionné dans certains papiers (Morris, 2016)[1]. Tout comme le fait qu’ingérer une boisson froide réduit la température du « core body », alors qu’ingérer une boisson tiède ne le fait pas (Wang et al, 2026)[2]. Comme quoi la thermodynamique s’applique… Enfin, ca dépend des études, car on en a trouvé une qui dit l’inverse : une boisson froide ne réduirait pas la température du corps… (O’Connor et al., 2025)[3]. Là où les deux articles se rejoignent, c’est sur le constat que les protocoles de recherche sur ce sujet ne sont pas assez harmonisés pour tirer des conclusions définitives. Notamment, la prise en compte de la dynamique des effets devrait être mieux prise en compte. La grande variabilité interpersonnelle est aussi pointée.  Pas de réponse claire sur ce point donc.

On lit aussi que le fait de boire après avoir commencé à transpirer n’aurait pas beaucoup d’impact sur la température corporelle. (Jay et al, 2018)[4]

Enfin, il semble plus clair que l’impression de fraicheur d’une boisson, liée à sa température ou à un gout mentholé, accélère l’impression d’avoir étanché sa soif. En conséquence, boire froid peut réduire la quantité totale de liquide ingéré. Cela se produit aussi avec le pétillant (Peyrot des Gachon et al, 2016)[5]. Cette étude n’est pas spécifiquement dédiée à des ambiances chaude, mais il nous semble raisonnable de supposer que cet effet est indépendant de l’ambiance.

Synthèse

Si on oublie une fois pour toute la boisson chaude, on peut avec ce qui précède mettre en place une petite stratégie qui semble cohérente :

  • boire frais semble utile en prévention : prenez une boisson fraiche pour éviter le stress thermique avant qu’il n’arrive, en profitant du différentiel de température entre votre corps et la boisson. Sirotez la tranquillement pour éviter d’envoyer un signal trop fort de froid à votre cerveau. L’objectif ici est d’aider doucement votre corps, pas de provoquer une réaction forte.
  • Pensez aussi à humidifier votre peau avec un brumisateur ou un linge pour profiter de l’effet rafraichissant de l’évaporation. Ca marche même encore mieux avec un léger courant d’air. Ressortons donc les éventails.  
  • Si par contre votre corps est déjà en stress thermique et a en réaction commencé à transpirer, la priorité devient l’hydratation. Préférez alors des boissons plus tempérées, qui n’enverront pas de signal contraire au cerveau, que ce soit au niveau thermique ou au niveau de l’étanchement de la soif.

Si vous voulez creuser un peu d’autres stratégies pour supporter les fortes chaleurs, on vous recommande cet article du Lancet, qui fait un point très clair.


[1] Morris, NB ∙ Coombs, G ∙ Jay, O (2016), Ice slurry ingestion leads to a lower net heat loss during exercise in the heat, Med Sci Sports Exerc. 2016; 48:114-122, 10.1249/MSS.0000000000000746

[2] Wang, Haojian, et al. (2026), Standardizing core temperature reporting for indoor overheating research: Effects on apparent thermal equilibrium time and compensability, Building and Environment, Volume 297, 1, https://doi.org/10.1016/j.buildenv.2026.114563

[3] O’Connor, Fergus K, et al. (2025), Effect of fluid temperature on the relation and agreement between perceptual and physiological strain during simulated work in a hot environmentJournal of Thermal Biology, 10.1016/j.jtherbio.2025.104077

[4] Jay, O ∙ Morris, NB (2018), Does cold water or ice slurry ingestion during exercise elicit a net body cooling effect in the heat?, Sports Med. 2018; 48:17-29.  10.1007/s40279-017-0842-8

[5] Peyrot des Gachons, Catherine, et al., (2016), Oral Cooling and Carbonation Increase the Perception of Drinking and Thirst Quenching in Thirsty Adults, PLOS ONE 11(9): e0162261,https://doi.org/10.1371/journal.pone.0162261

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