Comment les équipements techniques, ce progrès, nous ont rendus dépendant des énergies fossiles.

Cet article repose sur-, résume, cite et complémente la lecture du livre "Building Environment and Interior Comfort in 20th-Century Architecture: Understanding Issues and Developping Conservation Strategies" Franz Graf & Giulia Marino En Architecture on procède classiquement à un découpage fonctionnel entre 4 familles d'éléments du bâtiments:

  • Structure;

  • Enveloppe, (les murs extérieurs, le toit, ce qui sépare l'intérieur de l'extérieur);

  • Partitions intérieures (les cloisons, séparations intérieures, tant verticales que horizontales: ce qui sépare deux espaces intérieurs);

  • Et les équipements techniques.

Ces derniers, les équipements techniques, "se sont progressivement greffés sur le bâti, puis se sont multipliés avant de s'intégrer" profondément en lui au point d'en conditionner la conception des autres éléments (enveloppe, cloisons, structure...).


C'est vers 1950 que cette maitrise totale du climat intérieur est rendue possible à grande échelle par les équipements techniques et des quantités colossales d'énergie. Et ce n'est pas sans conséquences sur l'Architecture.

En effet, ces installations techniques, de par leur puissance, ont permis de décharger partiellement ou totalement les autres 3 autres familles d'éléments de leurs rôle thermique et ainsi rendu artificiellement viables "des innovations formelles et stylistiques dans l'Architecture moderne" (traversants, grandes pièces, grands vitrages, absence de portes, cuisine ouverte, loft...). Innovations qui sont aujourd'hui, 60 ans plus tard, qualifiables d'inepties.


Le bâtiment qui autrefois satisfaisait, respirait, fonctionnait et se régulait, naturellement ou avec peu d'énergie, grâce à une architecture vernaculaire et au savoir-faire des Architectes et des habitants d'alors, devient une boite "vitrée et étanche, autonome, hermétique et complètement affranchie des fluctuations climatiques extérieures" grâce aux engins mécaniques qui sont greffés dessus et permettent un confort homogène, millimétré, stable et théoriquement parfait. "Le confort" idéalisé d'un tel bâtiment et quelques publicités expliquant que c'était le progrès, il n'en fallait pas plus pour les Architectes soient en plein fantasme et les citoyens s'arrachent ce nouveau mode de vie à une époque où l'énergie coulait à flot et n'avait pas d'autres valeurs que le progrès qu'elle représentait.


Si d'autres, à la même période, posent les bases du bio climatisme et profitent de l'apparition du double vitrage pour rêver de l'autarcie énergétique grâce aux maisons solaires (ne les oublions pas) il reste que depuis cette période nous avons essentiellement produit des bâtiments pour lesquels les installations techniques sont la condition sine qua non de leur fonctionnement, la fondation même sur laquelle repose la viabilité et la salubrité des Architecture produites.


source: https://energieplus-lesite.be/

Depuis les années 50, la structure, l'enveloppe et les partitions intérieures dans l'essentiel de la production ne sont plus conçues avec un rôle thermique prégnant, tout le confort et la viabilité des construction reposant sur le dimensionnement, en bout de course, des équipements techniques. Notons toutefois que depuis quelques années, l'enveloppe reprend en partie ce rôle sous la contrainte des exigences thermiques. "En partie" car, si elle permet généralement une meilleure régulation naturelle de la température, elle nous a rendu encore plus dépendants de la ventilation mécanique en raison de son étanchéité renforcée. L'absence de réflexion globale nous laisse dans un schéma où il est normal et accepté que les bâtiments ne soient pas sensés fonctionnés, ne serait-ce qu'un minimum, sans énergie autre que celle du soleil et éventuellement celle disponible localement avec une utilisation raisonnée (bois, panneaux solaires, géothermie...).

La variable d'ajustement que constituent les systèmes techniques dans la conception d'espaces à vivre confortables est tellement puissante qu'elle nous a permis de faire tout et surtout n'importe quoi. À cet égard, les normes et exigences en vigueurs ne sont pas complètement innocentes.


Résultat, aujourd'hui, un bon nombre de nos logements dépend de l'alimentation en énergie de ces systèmes techniques pour fonctionner, être salubres et viables, ce qui les rend, eux et leurs occupants, fragiles, dépendants et extrêmement vulnérables aux crises énergétiques en cours et à venir.