Mieux comprendre ses besoins, le fonctionnement de son logement et des équipements de chauffage ou rafraichissement, ce n’est pas que pour les propriétaires occupants. 

Nous avons l’hiver passé eu la chance d’accompagner une société de logement social qui constatait des consommations d’énergie particulièrement élevées chez certains de ses locataires. En voici quelques enseignements. 

Qu’avons nous fait ?

Objectiver : Il est tentant, lorsqu’un bailleur constate des consommations d’énergie élevées, d’incriminer des « mauvais usages ». Le locataire accusant de son côté la qualité du bâtiment. Partir du principe que l’autre se trompe ou est de mauvaise foi n’est évidemment pas efficace pour entamer une discussion constructive. En distribuant des enregistreurs de température, nous avons pu objectiver la réalité des ambiances, et lancer la discussion sur une base factuelle.

Donner des clés : Chacun souhaite gérer au mieux son logement, pour trouver son équilibre entre confort et consommation d’énergie. Mais sans comprendre le fonctionnement des outils à sa disposition, c’est évidemment impossible. En quelques ateliers, et en partant des équipements réellement présents (pas de théorie générale), il est possible de poser les bases indispensables : Comment fonctionne une vanne thermostatique ? Pourquoi j’ai plus froid lorsqu’il fait humide ? Pourquoi le tuyau est chaud alors que le radiateur est fermé ? Pourquoi ma facture n’est pas 0 si je ne chauffe pas ? Etc.

Rester modeste : Bien évidemment, nous avons évoqué des solutions de type vêtement (chauffant ou non), appoint local, etc. Slowheat oblige. Mais notre discours habituel a dû être adapté à un public qui, pour partie, est déjà au fait des « systèmes D », et pour qui l’enjeu n’est souvent pas de «chauffer moins », mais de « pouvoir chauffer assez ».  

Creuser : Une fois évaluées les parts comportementales (certains chauffent évidemment plus que la moyenne) et architecturales (certains appartements sont évidemment moins performants que la moyenne), il a bien fallu constater que les chiffres ne s’alignaient pas. Ces deux paramètres ne pouvaient à eux seuls expliquer les décomptes. Commence alors un jeu de déduction, dont on vous passe les étapes, mais qui finira par identifier l’influence des pertes des boucles de distribution individuelles sur le calcul des quote-parts.

Quelles conclusions ?

Si la « solution slowheat » de chauffage des corps n’a pas été particulièrement mise en avant dans cette mission, l’approche qui la sous-tend a par contre été déterminante. Reparcourons les principes centraux de notre livre à la lumière de cette expérience : 

Principe du slowheatingObservation dans ce cas
On libère la pratique du chauffage. Chacun peut faire différemment selon ses besoins et son mode de vie.En ne partant pas d’une norme de température préconçue, nous avons pu accueillir la diversité des comportements de chauffe et éviter une posture moralisatrice.
On rediscute les normes de confort dans le ménage et dans la société plus largement. 20°C partout et tout le temps, c’est une construction sociale qui peut être questionnée.On en reste convaincu, mais ce point s’adresse aux personnes qui sont en mesure de « chauffer normalement ». Face à des personnes en difficulté ou en précarité, nous ne pouvons pas tenir une position qui serait prise pour de l’apologie de la pauvreté. Par contre, nous pouvons, autant qu’aux autres, les inviter à faire un travail de déconstruction de leurs besoins. 
On (ré)chauffe les corps de multiples manières. Différentes sensations de froid peuvent justifier différents moyen de se réchauffer. Différentier les besoins de chaleur entre moments de la journée et pièce du logement (en particulier la salle de bain) est un point qui passait très bien, car évidemment associé à du « bon sens ».
On choisit de façon empirique les solutions qui nous conviennent. A chacun de se saisir de concept et d’essayer concrètement jusqu’à trouver son équilibre. Les participants étaient largement satisfait de ne pas être uniquement des « receveurs » d’information, mais aussi des acteurs de la démarche grâce aux enregistreurs que nous avons distribués. 
Toute consommation d’énergie est maîtrisée, elle est le fruit d’une décision raisonnée. Attendons d’avoir (un peu) froid pour chauffer.C’était le point clé ici : les décomptes n’étaient pas (suffisamment) corrélés aux comportements, ce qui non seulement génère de l’incompréhension, mais inhibe toute démarche de réduction des consommations. Si même en ne chauffant presque pas mes factures sont élevées, c’est que mon comportement n’est pas en cause ! 
Cette décision se base sur nos besoins et nos ressentis du moment : écoutons nos corps. Tant qu’on est bien, pourquoi chauffer ?Ce principe était déjà largement mis en oeuvre, avec des comportements actifs au niveau des vannes des radiateurs. Mais la mauvaise compréhension du fonctionnement des têtes thermostatiques, l’inertie du circuit, les apports indus liés aux boucles de distribution, les réglages centralisés mal compris… rendent cette conduite « au besoin » particulièrement difficile. 
On favorise les voies les moins énergivores pour répondre à nos besoins en fonction des contraintes du moment. Apportons la chaleur où et quand c’est nécessaire. C’est le principe du chauffage de proximité.Quelques regrets de notre côté de ne pas avoir pu aller plus loin sur cet aspect. Mais il apparaissait assez clairement qu’il fallait d’abord aplanir une situation de tension liée aux décomptes, avant de suggérer des modes de chauffage différents. Une piste pour une saison 2 ? 

Globalement, il ressort donc le point suivant : si la démarche Slowheat montre sa pertinence pour un public de logement social, la question de l’accès réel au contrôle de son ambiance est le frein principal à travailler. C’est un point que nous avions également constaté avec d’autres publics, notamment les employés de bureau, mais jamais avec une telle acuité. 

Plus largement, cela met en évidence une forme d’incohérence assez présente dans nos sociétés : mettre l’accent sur la responsabilité des individus (Consommez moins ! Faites attention !) sans suffisamment déployer les solutions à même de développer leur capacité d’action (Pas touche !). 

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