C’est une question qui nous revient systématiquement lorsque la température monte : allons-nous lancer un programme de recherche sur le confort d’été ? Peut-on transposer les principes de Slowheat à la maîtrise des surchauffes ?
La réponse n’est pas si simple, et passe de oui à non en croisant des « c’est compliqué » selon l’angle d’approche. Développons:
Oui, l’envie est là, et l’approche de recherche est transposable
Bien sûr qu’on aimerait participer à un projet de recherche citoyenne sur l’adaptation au confort d’été : l’enjeu est majeur, et beaucoup des enseignements de Slowheat sont transposables. En particulier, l’approche transdisciplinaire. Il faut élargir la focale pour ne pas considérer les solutions techniques seules, mais bien le regard des personnes sur ces solutions, leurs modes d’usages et de compréhension, les freins et leviers d’implémentation, leur contexte de développement et de diffusion, … C’était crucial pour l’appropriation de son système de chauffage et des dispositifs de chauffage du corps, ca l’est évidemment tout autant pour la gestion d’un air-co, d’un ventilateur ou d’une protection solaire. Partons du terrain pour construire la théorie, pas l’inverse.

En passant: c’est pour cela que des plans de systématisation de la clim ne suffiront pas à répondre à l’enjeu. La technologie a rarement (jamais ?) été la solution finale à un problème : elle a plutôt tendance à le déplacer, au mieux à le circonscrire. Quelques exemples ? Le chauffage central n’a pas fait disparaître la précarité énergétique. Les VMC n’ont pas fait disparaître le mal logement. Internet n’a pas facilité un débat public rationnel.
Et pour qu’on ne nous fasse pas dire ce qu’on a pas dit : une installation de clim locale, bien dimensionnée, bien utilisée, peut avoir une place dans une stratégie d’adaptation aux vagues de chaleur, tout comme un radiateur lors d’une vague de froid. N’en faisons juste pas une solution miracle.
Non, parce que ce n’est pas forcément de plus de recherche dont on a besoin.
Bon, ce sous-titre est un peu exagéré : on a toujours intérêt à se poser des questions. Parmi les points à creuser, citons :
- Le niveau technologique : les vêtements refroidissant existent, mais il y a une marge de progrès
- Le niveau socio-politique : pour un droit à la fraicheur ?
- Le niveau économique : comment accompagner l’adaptation du bâti aux canicule sans refaire les erreurs des stratégies de rénovation énergétique ? Imprécision des DPE/CPEB, techno-solutionnisme, split-incentive, effet d’aubaine, effet Matthieu, etc.
- Le niveau culturel : pourquoi les journalistes illustrent ces sujets avec des vacanciers plutôt que des frituristes, couvreurs, agriculteurs, grabataires ou autre personnes particulièrement exposée ?
Le choix de ce sous-titre est fait pour insister sur un point majeur: la boite à outil de solutions déployables est déjà bien remplie. En combinant l’architecture bioclimatique (avez-vous signé le « Manifeste pour une Frugalité heureuse et créative » ?), l’approche théorisée par Slowheat et nos amis de Confort Sobre (avez-vous signé notre manifeste commun « Pour un art de vivre la chaleur » ?), et l’ensemble des solutions low-tech maîtrisées dans les climats désertiques ou tropicaux, on a une panoplie qui ne demande qu’à être mise en application. La recherche doit viser à lever les freins à leur implémentation, pas forcément à leur trouver des alternatives.
L’enjeu à notre échelle sera donc plus de diffuser des principes avec rigueur et nuance (ce qu’on essaye de faire dans ce blog), de tester leur pertinence dans différentes situations (votre bâtiment collectif comme cas d’étude ?), et de formuler des recommandations d’amélioration lorsqu’on voit des freins institutionnels, normatifs ou réglementaires. Parce que tout ce qui est proposé en ligne n’est pas également efficace ou pertinent, et surtout parce que chaque situation est particulière dans sa combinaison bâtiment-habitants-contexte.

A problème différent, solution différente
Trop chaud ou trop froid, ce n’est pas symétrique. La question fondamentale d’une recherche Slowcool ne seraient pas la même que pour Slowheat, pour deux raisons au moins.
D’abord parce que le point de départ n’est pas le même. Dans Slowheat, la situation de référence était a priori confortable (on devrait dire neutre, mais bon) : le chauffage global des ambiances est, sauf exception, généralisé et culturellement admis. La question était alors de déconstruire notre relation à une conception du confort héritée du XXe siècle insoutenable environnementalement et souvent économiquement. Le refroidissement par contre n’est pas (encore) une généralité chez nous (Belgique, Hauts de France, … ). Nous partons donc de situations de personnes en souffrance plus ou moins forte dans des bâtiments non adaptés (« j’ai chaud et aucun moyen d’action, à l’aide »), et non de personnes en réflexion sur leur mode de vie (« j’ai envie de changer sans me mettre en danger »).

Ensuite parce que les solutions alternatives n’ont pas le même potentiel : face au chauffage central, nous pouvions proposer un panel de pistes que nous avons regroupées sous le terme « chauffage de proximité » (vêtement chauffants, panneaux radiants, meubles chauffants, etc). Grâce à l’alimentation électrique, ces solutions seules ou en combinaison sont a priori capables d’assurer un ressenti au moins équivalent à la situation de référence. C’était crucial pour oser entrer dans la démarche (« Je n’aurai pas froid car j’ai une solution, donc allons-y pour baisser la température. »). Dans le cas des vagues de chaleurs, il existe bien-sur des solutions proches du corps, jouant sur la convection, l’évaporation, voir l’apport local de froid (bassine, cool packs, etc), mais elles sont plus fortement limitées en puissance ou ergonomie. Dans la plupart des cas, on pourra donc viser un « c’est moins mal qu’avant » mais pas forcément un « je suis bien ». Et ça ce n’est pas rien comme différence pour définir l’approche, sa co-construction et son narratif.
Les actions visées par un Slowcool seraient donc plus au niveau de l’interaction avec le bâti, et moins au niveau du corps, avec comme objectif d’englober la diffusion du refroidissement actif dans une stratégie plus large, centrée (et là on retrouve le lien avec Slowheat) sur la montée en compétence de la population et l’adaptation de nos cadres collectifs.
Conclusion
Il y a bien matière à lancer des expériences Slowcool, qui ne seraient cependant pas des symétriques de Slowheat.
Cependant l’air du temps n’est plus aux programmes de recherche sur fonds public, en particulier ceux orienté « transition ». Et certainement pas ceux donc la finalité est plus sociétale que technologique. Alors il faudra travailler autrement, en réseau, en documentant des missions plus ponctuelles d’accompagnement, que ce soit dans un parc de logement ou dans des bâtiments collectifs (écoles, bâtiments, publics, PME,…).
Pourquoi pas avec vous ? Contactez-nous pour en parler ;-).

